Pourtant, c’était vraiment mal parti entre ce livre et moi, pour des
raisons qui frôlent le ridicule, mais qui sont partagées par d’autres que moi,
j’en suis certaine, il suffira de demander à Davina. Le livre est moche. Pas
spécialement la couverture, mais les pages internes. J’ai acheté l’édition « J’ai
lu », elle est vieillotte, les marges sont minuscules, il y est impossible
d’y mettre des commentaires, l’encre est ancienne et grossière. Rien qui donne
envie de lire.
Je passe finalement au-dessus de tout ça, et je commence ma lecture à voix
haute car le début est un réel exercice de déchiffrage. Étonnamment, ça ne me
rebute pas, j’ai envie de savoir ce qui se passe dans la tête de cet handicapé
(Un peu comme dans « Simple » de M-A Murail). Et je suis prise dans l’histoire,
j’ai plus envie de lâcher le livre malgré les heures qui s’enfoncent dans la
nuit et mon esprit qui me dit « tu devrais aller dormir, tu le finiras
demain ».
Charlie Gordon est un personnage double, complexe, à la limite de la
schizophrénie quand l’ancien Charlie vient guetter le nouveau. Je pense que c’est
en ça que son personnage, en plus d’être touchant, est extrêmement intéressant.
Mais notre passé ne nous guette-t-il par en permanence ? Notre
personnalité est-elle un tout indivisible ? me suis-je demandé lors de ma
lecture.
De plus, le travail de l’auteur est minutieux, par l’orthographe, la
syntaxe, la grammaire et le vocabulaire, il fait évoluer le personnage de
débile à génie, pour le faire, par après, régresser. C’est une horrible torture
qui lui inflige.
Régresser. Voilà un mot qui me fait peur, qui m’effraie, qui me terrorise. Et
si un jour, j’étais atteinte Alzheimer ? Et si un jour je ne savais plus
ce que je sais aujourd’hui ? Et si un jour, je me réveillais à côté de
quelqu’un que je ne reconnais pas ? Je pense que c’est une des maladies,
une des fins de vie qui me fait le plus peur. Comme si tout ce que j’ai
durement acquis, à l’inverse de Charlie pour qui ça été un jeu d’enfant, s’envolait ?
J’en ai des frissons, mais je sais ce que je ferais. Je ne supporterais pas le vivre, alors j’y
mettrais fin.
Je m’éloigne du sujet, revenons au roman. Je pense qu’il est une fabuleuse
porte d’entrée à la science-fiction, qui, on le sait désormais, a rebuté une
grande partie d’entre nous, un jour où l’autre par les mauvaises représentations
qu’on en avait. Je tiens d’ailleurs à remercier Mme Jaminon entre autre, qui
nous a permis d’évacuer tous nos préjugés grâce à la lecture des Lutteurs
Immobiles.
Il s’agit ici de science-fiction d’anticipation, si je ne me trompe pas, et
c’est celle que je préfère parce qu’elle est très réaliste. Je pense en effet
que ce qui est arrivé à Charlie pourrait se produire dans un avenir proche,
peut-être même plus proche que ce qu’on le croit.
En conclusion, une fois de plus un roman de science-fiction qui me plait
par les réflexions qu’ils suscitent, sur lesquelles je reviendrai dans l’article
suivant et qui j’espère plaira à mes élèves à qui je le donnerai sans hésiter !
(Explications au prochain épisode).
Julie, l’étudiante.
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