Une fois que l'on a décidé d'aborder le livre avec telle classe, qu'on les a préparés psychologiquement à prendre du recul, on peut parler de la forme du roman et sa polyphonie qui est particulièrement intéressante. Pour le premier chapitre, il s'agit d'un narrateur externe qui plante le décor, plutôt classique. Tous les chapitres suivants sont rédigés par des personnages, ces personnages s'adressent parfois à vous, parfois ils vous mentent, vous manipulent parce que nous lecteurs sommes là pour les juger (ce qui, personnelement, me dérange), seule cette focalisation interne permet cela et c'est très intéressant de le faire remarquer aux élèves.
Évidemment, le regard de future prof de morale a pris le dessus, avec un sujet pareil, comment s'en priver ?
Et là, ce livre est un bijoux d'extraits à faire lire aux élèves et occupera une grande place dans ma bibliothèque pour cette raison. C'est un livre moins connu que le célèbre "Herbe Bleue" et autres documentaires sur le sujet, c'est donc une chouette variante !
Il est aussi intéressant, si je le fais lire à mes élèves, de leur faire comprendre que la prise de drogue est étroitement liée au milieu dans lequel on vit. Vivre à Minely et plus à Bristol, ne plus voir régulièrement ses anciens compagnons sont des facteurs qui ont aidé Gemma à s'en sortir. Elle était une junk dans un certain contexte, dans certaines conditions socio-économiques, dans une certaine bande. Mais comment en serait-il dans d'autres conditions? Si un comportement apparait dans un contexte et pas dans un autre, c'est qu'un facteur de ce contexte pousse à ce type de comportement.
Je pense que c'est une réflexion très intéressante à avoir en morale, mais en français, on pourrait également l'aborder et réaliser des exercices d'écriture en changeant certains paramètres.
Ensuite, en morale toujours, la question des relations parents/adolescents prend ici tout son sens, et la lecture du roman permettrait d'avoir un angle de vue un peu différent de ceux pris habituellement.
Les parents d'aujourd'hui ont bien changé, il est vrai, mais peut-être est-ce ça le problème de Gemma. Elle aurait aimé avoir des parents forts, qui l'écoutent, la guident et la conseillent, or, ils ne l'ont pas crue quand elle leur a dit que Nico se faisait battre. Ils lui ont fait du chantage. Elle a trouvé ses parents puérils, simplement.
Je disais également dans l'article précédent que ce qui est frappant dans ces romans, c'est le refus des normes de la société. Il est judicieux de se poser la question du pourquoi. Quelle image les jeunes ont-ils de la société ? Crise, chômage, ennui, précarité. Cette image, n'aurait-elle pas une conséquence sur leurs comportements : délinquance, violence, alcoolisme, toxicomanie, prostitution ?
C'est un débat tout à fait pertinent qui peut avoir lieu en classe.
Enfin, évidemment, la question de la drogue en elle-même, de ses conséquences, de ses raisons, et les solutions.
Un roman à aborder en classe, en français, en morale, avec de l'encadrement, de la justesse et de la réflexion.
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Je rajouterai une dernière chose qui me tient à cœur en tant qu'étudiante, en tant que prof, en tant que moi, simplement. Il y a deux philosophies dans la vie selon moi. Celle que j'adopte, existentialiste, sartrienne, je suis ce que je fais, j'ai toujours le choix, même quand je ne choisis pas je choisis, mes actes sont révélateurs de mon être.
Il y a également l'opposée, illustrée en quelques lignes dans Junk à la page 211, qui m'a fait réfléchir, qui m'a permis de me remettre en question, Moi et Mes grands principes : "On peut faire des choses pas bien et savoir qu'elles sont pas bien, on peut faire des choses bien et savoir qu'elles sont bien, mais ça n'a rien à voir avec ce qu'on est réellement. On reste soi-même."
Cette philosophie de vie est bien moins culpabilisante que celle que j'ai choisi d'adopter, plus simple à vivre aussi, mais tellement peu encline à la réflexion sur soi-même... (Tout est question de choix...)
Madame Ruwet, La prof.
2 commentaires:
Je pense que Scripto propose parfois des textes très forts. Par exemple, Mordre le ciel de Gudule. Les deux couvertures sont très sombres, les deux univers aussi. Dans Mordre le ciel, il s'agit du suicide, dans Junk, de la drogue.
Je ne critique absolument pas les choix de la maison d'édition, loin de là. Seulement, ils ont moins froids aux yeux à mon sens. Donc clairement, c'est à nous de prendre des pincettes en le présentant. (Mon dieu, je devrais ajouter ma réflexion sur mon blog, c'est bien, la discussion avec toi me pousse plus loin, je suis contente).
Plein de bonnes idées de leçons dis donc!
Pour ta philosophie, j'approuve entièrement!
Je suis très contente que ça te pousse plus loin dans ta réflexion, c'est aussi le principe des blogs et c'est pour ça que même si je le rends en version papier, le publier apporte beaucoup de choses !
Oui, je pense que j'ai lu pas mal de Scripto quand j'étais petite d'ailleurs, et j'aimais beaucoup Gudule. Pourtant, je n'étais absolument pas encadrée lors de ces lectures... Sous-estimerais-je les ados d'aujourd'hui ?
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